Réaction face aux évènements à Londres:: « Le vrai débat porte sur les réponses à apporter »

Tottenham, Londres. Des loyers exorbitants. 10.000 personnes au chômage. Une offre d'emploi pour 54 chômeurs. Une violence policière de tous les jours.

Haringey, Londres.  41 millions de pounds (47 millions d'€) de restrictions budgétaires décidées en février, du jamais vu. Manifestations, résistance, occupation pacifique de la mairie, rien n’y a fait. Depuis, 13 maisons de jeunes ont déjà fermé leurs portes. « Il y aura des émeutes », disaient déjà certains.

Angleterre. Des études impayables. Une désindustrialisation massive. Un nombre sans précédent de travailleurs pauvres.  333 personnes tuées par la police depuis 1988 alors qu’elles étaient en garde à vue, sans aucune condamnation d’un policier[1]. A coté de cela l'opulente richesse de l'élite londonienne qui s'étale à la TV et sur la couverture des magasines. Un mariage princier diffusé jusqu’à l’overdose. Coût de la cérémonie : 107 millions €, payé en partie par le contribuable.

Angleterre. 4 août 2011, Mark Duggan – 29 ans, père de quatre enfants – est tué par les forces de police. De violents affrontements avec les forces de l'ordre se sont multipliés depuis, dans plus de 50 localités du pays. Les auteurs :des jeunes voire de très jeunes, mais aussi des hommes et des femmes, toutes origines confondues, chômeurs et travailleurs. Mais tout le monde sait que le meurtre de Duggan n’a joué que le rôle d’étincelle, tout le monde parle d’un malaise.

Qui est responsable ?

Nombreux sont ceux qui se sont empressé de condamner la violence des jeunes, mais qui condamne la violence qu’ils subissent ? Les gouvernements européens ont sauvé les banques et se sont engagés dans la voie d’une austérité féroce. « Nous sommes tous dans le même bateau », répètent-ils. Mais qui parmi ces ministres a une quelconque idée de ce que cela signifie de grandir dans un quartier où il n’y pas de travail, pas de logements décents à des prix abordables, pas de lieux de vie, et où la police vous arrête n’importe quand et pour n’importe quoi ?

Ce que nous condamnons en premier lieu avec Comac, c’est la violence, quotidienne, récurrente et insistante d’un système capitaliste qui, dans sa crise, entraîne par le fond des couches de plus en plus larges de travailleurs et de jeunes précarisés. Un système capitaliste qui n’a d’autres objectifs que de sauver les meubles des plus riches, quitte à enfoncer encore un peu plus ceux qui, noirs ou blancs, ont déjà du mal à joindre les deux bouts. Un système capitaliste qui parle de démocratie, mais qui ne s'inquiète de l'existence des quartiers populaires que lorsque les jeunes cassent et pillent. 

Nous condamnons les pillages et les incendies, certainement car les vrais responsables de la crise ne sont pas les habitants des quartiers saccagés. Comme beaucoup d’autres, ils continueront à vivre avec la peur, le racisme , la misère comme lot quotidien, avec la perspective d’un deuxième crash boursier comme ligne d’horizon.

Quelles réponses ?

Le vrai débat porte non pas sur la condamnation des pillages et des incendies, mais sur les causes de ces violences et sur les réponses à y apporter. Certains parlent déjà d’une contagion à la Belgique. Un bel aveu en somme : c’est reconnaître qu’ici aussi, la situation sociale est désastreuse. De fait, les tensions sociales sont suffisamment fortes pour qu’une étincelle embrase un incendie.

Mais ceux qui profitent du débat actuel pour appeler à plus de répression ne disent mot sur l’essentiel : toutes les mesures d’austérité qui seront bientôt prises en Belgique ne feront qu’aviver ces tensions. On nous annonce des restrictions d’accès aux allocations de chômage pour les jeunes qui n’ont pas encore travaillé, alors que les jeunes sont deux fois plus victimes du chômage que les travailleurs plus âgés. On nous annonce qu’on devra travailler (encore) plus longtemps :  Mais pourquoi, alors qu'il y a tant de jeunes au chômage, faire travailler plus longtemps les aînés ? L’approfondissement de la crise économique est maintenant bien à l’ordre du jour. La question se posera de plus en plus clairement : à qui faut-il faire payer la crise ?

Certains osent appeler à plus de répression policière mais est ce qu'augmenter la répression dans les rues va changer la situation sociale et économique des habitants de ces quartiers ? Ceux qui demandent plus de répression sont ceux-là mêmes qui apportent toujours des réponses identiques à la crise : austérité, coupe dans les budgets sociaux, attaque contre la sécurité sociale,... Réponses qui ne feront qu’aggraver les conditions de vie et de travail de toute une partie de la population, les jeunes en première ligne. L’explosion de colère qui a lieu en Angleterre n’est qu’une autre expression, après les indignés, du même malaise qui gagne les jeunes partout en Europe. Aucune répression ne pourra éteindre ni la colère, ni l’indignation d’une nouvelle génération à qui l’on promet toujours moins d’emploi, moins d’éducation, moins de sécurité d’existence.

C’est dans ce cadre que Comac, le mouvement de jeunes du PTB, a fait du travail dans les quartiers populaires une de ses priorités. Là où le manque d’écoute est le plus criant, là où les jeunes ont le moins d’espace pour s’exprimer, agir, s’organiser. Parce que ce n’est qu'en renforçant une organisation de jeunes comme Comac que les problèmes des quartiers ne seront pas oubliés quelques semaines après une émeute. Parce que les jeunes, où qu’ils habitent, doivent pouvoir mettre leurs préoccupations à l’agenda politique et mener les luttes nécessaires pour obtenir des victoires. Parce que ce n’est qu’en élaborant ensemble des perspectives de lutte que nous pourrons transformer la colère de beaucoup d’entre nous en force effective de changement de société. Car le capitalisme n'a pas d'avenir, nous si !


[1] http://www.guardian.co.uk/uk/2010/dec/03/deaths-police-custody-officers-...