Les transports publics ont été totalement à l’arrêt. Train, tram, bus: la majorité n’est pas sortie des dépôts. Services publics, bibliothèques, administrations communales étaient fermés. Les poubelles n’ont pas été ramassées. Les fonctionnaires sont en grand nombre restés chez eux. Les piquets de grève n’ont même pas dû être à pied d’œuvre. Les grévistes ont organisé des actions un peu partout. Les autoroutes vers Bruxelles ont fait l’objet de blocages. Des rassemblements de protestataires ont eu lieu devant divers sièges des pouvoirs publics. Les fonctionnaires ont partout reçu le soutien des militants syndicaux du privé. Les syndicats d’employés des centrales de la FGTB et de la CSC avaient appelé leurs membres à participer activement aux piquets et aux actions. Ça et là, des entreprises du privé n’ont pas fonctionné. Case New Holland à Anvers et à Zedelgem, Bombardier à Bruges, Picanol dans la région de Courtrai, la FN à Herstal et plusieurs entreprises métallurgiques dans la région liégeoise ont totalement arrêté le travail.
Partout, la colère est grande. « Ce gouvernement veut nous faire travailler 2 ans de plus. Ils s’en prennent une fois de plus à la population. Et les grandes entreprises, les banques et les spéculateurs s’en sortent à nouveau indemnes. » Aux piquets et lors des actions, on entendait la même chose. La prise de conscience que services publics et secteur privé sont dans le même bateau a monté de plusieurs crans. « Ils nous ont pris de vitesse. La prochaine fois, nous devons entreprendre une action commune entre public et privé. » De nombreuse réactions se sont manifestées par rapport aux médias qui tentent d’opposer les jeunes aux plus âgés. « Il n’y a pas de conflit de générations. C’est un procédé des politiques pour nous diviser. Chez nous, les jeunes sont aussi en grève. Ils ont conscience que désormais combiner travail et famille est devenu impossible, puisque ce gouvernement supprime le crédit-temps et les interruptions de carrière. En effet, celui qui voudra opter pour ces systèmes verra sa future pension menacée. » L’unité entre travailleurs francophones et néerlandophones a grandi aujourd'hui.
Dans les piquets, on fustigeait les politiques. « Les parlementaires votent des lois pour nous faire travailler 2 ans de plus. Mais, eux, ils peuvent prendre leur pension après une carrière de 15 ans. »
A la FGTB et à la CSC, ils ont été nombreux, ces dernières semaines, à espérer que le PS et le sp.a empêcheraient le pire. Aujourd’hui, force leur est de constater que le libéral Van Quickenborne peut ouvertement déclarer qu’il a le soutien de tout le gouvernement. Tobback, le président du sp.a, ose même affirmer que « les syndicats jouent avec les pieds des gens » (De Morgen 22/11/2011). La ministre PS Laurette Onkelinckx répète à tire-larigot que ces mesures sont nécessaires.
La CNE s’est rendue au bâtiment du PS et a recouvert celui-ci d’un grand drapeau bleu. « Ce parti qui prétend être de gauche mène une politique de droite, a déclaré Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général de la CNE. En attaquant les chômeurs, les pensionnés, les travailleurs et l’ensemble de la population. En coupant dans le budget de la sécurité sociale. Ce gouvernement a choisi, avec un socialiste à sa tête, de faire payer la crise aux petits. »
Par ailleurs, plusieurs syndicalistes se sont aujourd’hui ralliés au PTB.
Le manque de concertation était critiqué de manière virulente dans les piquets de grève. Le ministre sp.a a affirmé aux syndicats qu’il comprenait que « nombre de points sont certes difficiles, mais que l’accord gouvernemental doit cependant être appliqué ». Quickie affirme qu’il veut bien négocier, mais que l’essentiel ne peut être modifié. Aujourd’hui, à 15h30, le gouvernement a fait savoir qu’il veut transformer les lois de réforme des pensions en loi de pouvoirs spéciaux. Il veut de cette manière prévenir la critique du Conseil d’Etat, pour lequel les projets du gouvernement outrepassent son mandat. Avec ce procédé, Di Rupo veut mettre plus rapidement en pratique les diktats de la Commission européenne.
Comme le formule un syndicaliste : « Pendant 20 ans, j’ai toujours été un partisan du syndicalisme de négociation. Nous faisions la grève uniquement lorsque toutes les possibilités avaient été épuisées. Mais, aujourd’hui, je pense que nous devons radicalement changer notre fusil d’épaule. A l’avenir, les syndicalistes devront développer la lutte et les actions. » C’est seulement de cette manière que nous pourrons construire les rapports de force nécessaires pour défendre les droits des travailleurs.
Cette grève a rencontré un grand succès. Nous devons poursuivre dans cet élan. La période des fêtes va freiner la poursuite des actions de résistance. La majorité des syndicalistes veulent cependant que le mouvement soit relancé après le 1er janvier. « Nous devons faire en sorte que le 30 janvier un succès. Tout le pays doit être à l’arrêt. » Les actions doivent être bien préparées. Et vers les politiques du PS, du sp.a et des autres partis. C’est par l’action que nous pouvons informer, que les mesures reçoivent ou non l’approbation du Parlement. Ce n’est que par une large mobilisation que nous pourrons arriver à ce que le gouvernement fasse marche arrière.