Il y a dix ans, peu de jeunes grecs pensaient se retrouver là où ils en sont aujourd’hui. Depuis des mois, le peuple grec est forcé par la Commission européenne d’accepter une baisse incroyable de son niveau de vie : diminutions des salaires et des allocations de chômage, augmentation du coût de la vie, licenciements par milliers, privatisations de services publics, recul sans précédent dans les droits collectifs des travailleurs, etc.
Derrière les chiffres, ce sont des millions de vies humaines qui sont ainsi bousculées, oppressées. Des parcours interrompus, des perspectives détruites. Des études qu’on ne fera pas, des vocations qu’on ne réalisera pas, des emplois qu’on n’aura pas. Tout ça pour quoi ? Pour rembourser aux spéculateurs et aux millionnaires l’argent qu’ils ont prêté à l’Etat grec. Et pourquoi l’Etat grec avait-il dû emprunter autant d’argent ? Pour sauver les banques en 2008 lorsqu’elles étaient au bord de la faillite. Une faillite causée par… ces même spéculateurs et millionnaires.
Les plus riches organisent en ce moment-même le hold up du siècle. C’est un pays entier qui plonge en enfer. Et qu’ont eu à dire les jeunes grecs et leurs familles là-dessus ? Rien.
Et nous, où en sera-t-on dans dix ans ? La Grèce n’est pas un cas isolé, même s’il est le plus frappant. Tous les Etats européens se sont endettés jusqu’au cou pour sauver les banques. Aujourd’hui, Dexia en faillite fait à nouveau appel à l’Etat belge. Dans tous les pays, le débat est posé : qui doit payer pour la crise ? Et dans tous les pays, les gouvernements imposent une réponse unique : c’est à nous, jeunes et travailleurs, de réduire notre niveau de vie, mais en tous cas ils préfèrent laisser les vrais (riches) responsables tranquilles.
En Belgique aussi, c’est l’avis du futur gouvernement. Après près de 500 jours de négociations, on entend : « ouf, on a enfin un accord ». Mais sur quoi se sont-ils mis d’accord en réalité ? Sur une progression historique dans la division du pays, sur la scission de la sécurité sociale et sur le fait de nous faire payer leur crise, à travers des mesures d’austérité impressionnantes. Pourtant, le revenu des actionnaires a triplé en dix ans et on voudrait nous faire croire qu’il n’y a pas assez d’argent pour éduquer les jeunes et leur donner du boulot ? Les débats de société n’ont jamais été aussi globalisés et on voudrait nous faire croire que francophones et néerlandophones vont mieux y faire face chacun dans leur coin ? Mais comment osent-ils ? Et nous devrions être contents, car ils ont enfin un accord ?
Non, ceci ne se fera pas en notre nom. Comme disent les indignés, nous ne sommes pas des marchandises entre les mains des banquiers et des politiciens. Pas d’accord de prendre le chemin de l’enfer grec. Pas d’accord de jouer notre avenir en bourse sans qu’on nous pose même la question. Pas d’accord avec l’idée qu’il n’y a pas d’alternative. Un autre monde est possible, qui ne sera pas dicté par la logique du profit. Et c’est autre monde, c’est le socialisme. C’est pour ça qu’on dit : « CHEnge the world ». Mais cet autre monde ne nous sera pas donné en cadeau. C’est pour ça que, dans ton école, ton unif ou ton quartier, il faut réagir.